Alors que les autres équipes avaient effectué des essais pour le Monté-Carlo en décembre, On n’avait pas vu Citroën. L’équipe française était donc la première à prendre la route en ce début d’année. Elle a passé une bonne partie de la semaine dans les Hautes Alpes pour préparer son Monté-Carlo. Mardi, Kris Meeke, vêtu de sa combinaison version 2015, prenait le volant sur une base avec un revêtement plutôt propre, une route large dans la partie basse puis plus étroite sur le haut. A la mi-journée, l’équipe souhaitant un changement de terrain fait quelques kilomètres pour basculer sur un autre tracé. Les runs se sont enchainés, le britannique semblait à l’aise sur un sol sec. Le lendemain, Meeke a encore utilisé deux bases : l’une humide et l’autre avec une partie enneigée.
Jeudi, c’était le grand retour de Loeb pour une préparation d’une manche mondiale. Cédric Mazenq, son ingénieur qui l’a suivi en WTCC est de retour aussi en rallye, il travaille avec lui sur cette séance. C’est sur la base utilisée l’après-midi du premier jour que l’équipe décide de débuter la préparation au Monté-Carlo. Le matin, une couche de givre recouvre la route. Après avoir retrouvé ses repères le matin, dans l’après-midi, alors que le terrain devient sec, les passages sont plus assurés. Vendredi, on répète le programme du deuxième jour. Le matin, sur la base où Latvala c’était fait piégé quelques semaines auparavant, les conditions étaient différents mais piégeuses. La première partie, au soleil, sèche, mais de nombreuses zones verglacées jalonne la deuxième partie. Si le premier passage se fait en clous, les suivants permettent de tester la gamme de pneus. La monte n’est pas toujours adapté au terrain, normal c’est du Monté-Carl’, les passages se font sur des œufs. Loeb ne semble pas à l’aise alors que la veille le pilotage semblait bien plus sur. Du bord de la route, dans le serré, ça parait assez compliqué, le pilotage parait très sage. Dans les zones plus rapides, on n’hésite pas : ça file ! Mais la DS3 semble avoir un train arrière assez joueur, même dans les grandes courbes en appui, il bouge toujours un peu, sans se caler, il ne décroche pas non plus. Dans une partie en descente, à moyenne vitesse, une bosse fait légèrement bondir la DS3 alors qu’en décembre, la Polo semblait absorbait ce même relief.
Dans l’après-midi, déménagement vers la base enneigée dans sa deuxième partie. L’équipage n’a pas mis longtemps à reconnaitre, on attendra peu pour voir le premier passage. Quel plaisir de voir passer une WRC en glisse, même si les pneus ne sont pas toujours adaptés et que les petits clous autorisés pour le Monté-Carl ne donnent pas l’adhérence maximale, on profite du pilotage du champion. Dans la zone enneigée, malgré des températures clémentes pour cette altitude, la soupe n’est présente que sur de courtes zones, le reste étant plutôt compact.
Peu après le départ, une épingle, le bitume est sec pour les longues enfilades très rapides qui suivent puis derrière un droite c’est la zone enneigée. La DS3 arrive cette fois avec des pneus tendres, elle est assez impressionnante dans cette première partie : ça envoie ! Ca freine pour ce droite pris prudemment, mais l’arrière part doucement, le train arrière est déjà hors de la route, Loeb tente de mettre les gaz, mais l’auto bascule. Elle glisse dans le champ, elle glisse puis s’immobilise à quelques mètres du ravin. L’auto est bloquée dans la neige, Daniel Elena quitte l’habitacle pour remonter sur la route alors qu’on se décide à pousser l’auto dans l’idée de la remonter sur la route (on veut voir encore des passages !). Mais nous ne sommes que quelques uns, l’auto ne remonte pas et glisse dangereusement vers ce ravin. Les fans nombreux finissent par rejoindre les lieux, Seb remet le contact : ça pousse, ça manœuvre. Dans une bonne ambiance, l’auto fini par être de retour sur la route après une bonne poussée dans la clameur générale. Quel bon moment d’esprit rallye ! Dans quel sport les fans peuvent-ils être aussi proche d’un si grand champion ? L’auto n’étant pas touchée, les runs se poursuivent. La séance se terminera par quelques passages de nuit avec la rampe.
Aujourd’hui, c’est Mads Ostberg qui a pu rouler avec la DS3 sur les mêmes bases. Les runs étaient moins fréquents, l’auto est resté plus longtemps à l’assistance.
Les équipages ont profité d’une DS3 version 2015 sur cette semaine de travail. On a pu voir que l’aileron arrière avec ses nouvelles ailettes verticales aperçu lors des essais terre au Portugal était présent sur la version asphalte, il sera utilisé pour le Monté-Carlo. La palette au volant, nouveauté du règlement 2015, était disponible comme sur la Polo ou la Fiesta, alors qu’elle n’était pas encore installée sur la i20. De nouveaux amortisseurs ont été utilisés. Mais la plus grosse évolution est certainement le moteur issu du travail réalisé en WTCC, il semble bien plus puissant. L’équipe technique semble satisfaite de cette évolution majeure. Le son de la DS3 WRC est assez différent : lors de la procédure de départ ou à bas régime, c’est bien plus rocailleux. Le moteur ne semble pas prendre les tours de la même manière.
Alors quel sera le niveau de Loeb lors de ce retour au Monté-Carlo ? Sera-t-il largué parce qu’il n’est plus dans le rythme du rallye ? Parce que la DS3 n’est pas au niveau de la Polo ? Sera-t-il devant parce que c’est tout simplement Loeb ? Globalement, on l’a vu bien plus rapide sur une séance d’essais. Il paraissait très efficace sur du sec et dans le rapide, beaucoup plus prudent et moins à l’aise quand les conditions deviennent glissantes. Mais n’est-ce pas là tout ce qu’il faut pour un Monté-Carlo ?
Daniel Elena : « Le retour ? Il ne m’a pas laissé le choix ! Quatorze mois qu’on n’avait pas roulé ensemble, rappelle le jovial Monégasque. C’est comme si c’était hier. Mais ça va, mon bureau n’a pas changé. »
Didier Clément : « Sébastien Loeb a tellement d’expérience qu’il a beaucoup de recul. Ça permet, comme ce matin, de le faire démarrer avec les réglages choisis par Chris Meeke hier. Ce qui a plu à Meeke lui a plu aussi. Bien sûr, avec le programme WTCC, on ne peut pas faire tout ce dont on rêverait : un nouveau moteur, un aileron arrière, une géométrie de suspension arrière nouvelle aussi, et deux ou trois choses imperceptibles ou invisibles. »