Suite de la première partie.
L’auto est lancée tranquillement sans procédure de départ, mais un gauche serré arrive immédiatement : on est déjà en glisse ! Une portion rectiligne toute en descente nous attend, c’est plein gaz, les rapports de boite s’enclenchent rapidement, c’est là que je bugue ! Je suis anesthésié, je ne respire plus, les yeux grands ouverts, je ne bouge plus. En quelques fractions de seconde, je me dis que ça va être compliqué et qu’il faut que je respire ! Je prend une grande bouffée d’air, je reprend immédiatement mes esprits et à partir de ce moment là je ne ressentirais plus aucune mauvaise sensation, seulement du grand, très grand plaisir. Les rapports de boite montent jusqu’en 6ème, l’auto file dans des enchainements rapides. Au loin un cône protège une corde pour un droite rapide, on se rapproche mais il reste toujours en plein milieu, j’ai l’impression qu’on va le percuter. On va freiner, non pas encore, on va freiner, non toujours pas, ça y est ! Ca freine ! La Fiesta passe rapidement sans encombres, c’est de nouveau gaz pour un gros freinage avant une épingle. Eric m’indique que les pneus sont froids, je comprend qu’il ne peut pas attaquer comme il le souhaite. Et c’est reparti, les 6 rapports sont passés, les enfilades se passent à une vitesse folle, je ne ressens pas forcément de problème de traction ou de glisse. On arrive dans une section plus serrée, ça parait si facile. Un passage dans une épingle ou un virage serré peut être spectaculaire du bord de la route, mais de l’intérieur, ça se passe si calmement finalement ! Un peu plus loin, un 90 gauche où le freinage est bien sympa s’enchaine avec un 90 droite où Eric joue du frein à main légèrement. Je sens l’auto a peine glisser pour repartir. Quelques enchainements et on arrive au bout de la spéciale d’essais. Eric me demande si ça va, quelle question ! Je suis aux anges !
On fait demi-tour, je lui demande pourquoi on ne fait pas la procédure de départ, il m’indique que ce n’est pas possible car il faut être deux. Puis il se reprend : « on peut essayer non ? » Sans savoir ce qu’il faut faire ou sans même y réfléchir je répond forcément oui ! En fait, il suffit d’appuyer sur une touche de la console alors que le pilote a les 2 mains occupées entre frein à main, volant et palette. Et hop, ça part : c’est pas le coup de pied cul, c’est tellement souple et progressif que l’on a même du mal à se rendre compte. Tout est fait pour que ce soit le plus efficace possible. Et on remonte toute cette base, il pleut maintenant. Eric me montre des plaques noires qui sont très glissantes. Dans une épingle gauche, la Fiesta cale. Son pilote m’explique qu’il a un problème avec la palette. Sa position le gêne, pour lui comme pour Mads Ostberg, son équipier, avec qui il en a parlé, elle est trop proche du volant. Parfois, il n’arrive pas à la manipuler correctement; cette fois il se loupe pendant le rétrogradage et nous voilà à l’arrêt dans l’épingle. Ca repart de plus belle. Les enfilades en montée sont terriblement impressionnantes, l’auto se cale pour prendre ces courbes rapides. Le pilote va chercher les cordes où l’auto semble s’accrocher pour mieux passer le virage. Ce grip latéral coupe le souffle ! Quand l’auto ressort des cordes, on voit que ça pilote ! Eric ajuste la direction de l’auto pour rester au mieux dans la trajectoire. Tout le contraire du lent ou tout paraissait presque facile, là dans le rapide, on sent qu’il faut y aller au boulot !
On est déjà de retour au départ de la spéciale. Juste le temps de souffler un peu et d’échanger quelques mots le temps que les températures de pneus soient prises et on repart. Je sens que ça attaque plus fort ! Là, il envoie ! Mais Eric m’indiquera à plusieurs reprises que ça devient vraiment glissant. La pluie fait son effet. Pour ma part, j’ai du mal a vraiment sentir les glisses qu’il évoque. Je vois bien 1 ou 2 petits coups de volant, mais j’ai du mal à ressentir ce manque de grip. Je ne suis pas habitué et tout va tellement si vite pour moi. Lors des freinages, je m’applique maintenant à me caler au fond de mon siège pour éviter de me faire secouer la tête. En effet, le frein moteur sur chaque changement de rapport crée des à-coups qui envoient mon casque vers l’avant. Dans le rapide en descente, on prend une corde à vive allure quand on peut entendre un gros impact à l’arrière, certainement une pierre qui passe dans le passage de roue. Je m’interroge, mais Eric reste concentré sur son pilotage, en fait, rien d’anormal. Cette partie rapide est vraiment très très impressionnante ! Quelle vitesse dans ces courbes rapides ! Si j’ai du mal à ressentir les mouvements latéraux, je prend conscience des mouvements de caisse longitudinaux que je n’imaginais pas aussi importants. L’auto plonge au freinage, ce qui me permet d’y voir un peu mieux au dessus de ce tableau de bord qui prend la plus grande part de mon champ de vision. La Fiesta cabre à l’accélération et là je suis obligé d’essayer de me hisser pour y voir quelque-chose. Mais dans les courbes l’auto semble se caler sans être pénalisée par cette souplesse. On arrive au bout de la base d’essais, Eric me répète que ça glisse, je veux en savoir plus « vraiment ? » « Regarde je touche à peine le frein à main ! » Et la Fiesta fait demi-tour, voire plus !
Et c’est reparti pour les 5 derniers kilomètres ! Comme lors des passages précédents, j’aperçois les potes au bord de la route, je ne peux m’empêcher de faire des grands signes. J’essaie d’en profiter au maximum. La pluie semble tomber de plus en plus, la buée commence à se former sur le pare-brise. Dans la section à fond de 6, Eric manipule plusieurs fois la trappe de toit afin d’augmenter l’aération, surprenant ! Je ne dis rien, mais je pense « garde les mains sur le volant garçon ! ». On monte, des étoiles se forment sur le pare-brise. On discute comme si on était sur l’autoroute ! « Y a pas que de la pluie là si ? » « Il fait pas assez froid pour neiger » « Mais regarde, ça fait des étoiles quand ça s’écrase sur le pare-brise » « C’est vrai, ça glisse », blabla, blabla, mais on est où là ?! Sur une spéciale à bord d’une WRC !! Dingue ! Cet enchainement rapide est ahurissant ! Tous les rapports sont passés, Eric lève légèrement dans une grande courbe à droite, puis c’est à fond de 6, on voit l’épingle au fond, on s’approche, mais on accélère toujours, on s’approche, mais on continue à prendre de la vitesse, on s’approche mais on est toujours à bloc. Avec la montagne à gauche, le ravin à droite, et l’épingle qui est juste là, va falloir penser à faire un truc ! Ca y est, ça freine ! C’est efficace, ça freine fort mais ce n’est pas violent, ça reste souple. Il faut dire que j’ai en tête ce baptême de F1 biplace que j’avais fait y a une dizaine d’année : le harnais m’avait enfoncé le thorax au moment où le pilote avait tapé dans les freins ! C’est un peu ma seule référence dans ce domaine de machines diaboliques. Mais trop difficile de comparer une monoplace et une auto de rallye, les disciplines sont tellement différentes même si ça a 4 roues et 1 volant. Je profite de ce dernier passage dans une épingle, là ça « parait », je dis bien « parait » si « facile ». Sereinement, Eric tire à peine sur le frein à main, l’auto se positionne sans grand à-coup et gaz, ça repart. Et c’est reparti pour un dernier bout de très rapide, là ça pilote ! Quelques flocons de neige passent à travers la trappe de toit. Dernier virage à droite, et hop un petit coup de manche pour bien enrouler. L’effort est coupé là, il ne reste que quelques dizaines de mètres à faire pour aller stopper la Fiesta à l’assistance. J’en profite pour remercier vivement Eric. On arrive à l’assistance, je me détache et m’extirpe de la Fiesta, je suis sur mon nuage, je m’aperçois que les muscles de mes jambes sont tétanisés, je suis en sueur. Même pas le temps de décrire mes sensations, l’ami Chris monte dans la Fiesta qui ne tardera pas à repartir. J’ai mis un moment à redescendre de mon nuage !
Quelle journée, mais quelle journée !! J’ai réalisé un rêve ! Ca fait plus de 10 ans que je prend plaisir à aller voir ces séances d’essais avec les potes que ce soit en France, en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, en Finlande, au Portugal, … Cette discipline et tout ce qui va avec, c’est vraiment une grande passion. Monter dans une de ces autos, j’en ai sans doute rêver sans jamais y penser réellement en me disant sans doute que c’était inaccessible. Ben là, j’peux vous dire que j’ai eu la banane pendant quelques jours ! Un moment que je ne suis pas prêt d’oublier ! Quelle auto, quel pilote, quelle équipe !! Le grip latéral m’a bluffé, quels appuis dans le rapide et quel pilotage quand ça plonge dans ces cordes en 6 ! J’ai presque l’impression que ce qui est peut être étourdissant de l’intérieur (dans le rapide) peut l’être moins du bord de la route et inversement (pour le serré) ce à quoi je ne m’attendais pas forcément. Je tiens à remercier tout le team pour cette journée exceptionnelle.
merci pour d’avoir partagé ce moment exceptionnel avec nous, veinard
zéro défault my friend !
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So your dream came true! Thanks for share it with us in this awesome way.